La face Bio de la République

15 janvier

mercredi 15 janvier 2014

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Un compte-rendu de l’intervention est disponible au téléchargement au format PDF ou en lecture sur le site (voir ci-dessous)

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Alors que la majorité des citoyens sont favorables à l’agriculture biologique, qu’ils reconnaissent qu’elle contribue à préserver l’environnement, la qualité des sols et les ressources en eau, et que plus des trois quarts des parents souhaitent que leurs enfants aient accès à des produits bio, seules 4% des terres agricoles françaises sont cultivées en bio.

Négligeable, l’agriculture biologique ?

Au-delà des stériles débats sur les rendements, quel est le rôle de l’agriculture biologique dans la mise en place de circuits courts ? Quelle est sa contribution à la construction d’un tissu social, d’une vie locale ? Quelle est sa place dans la restauration collective, en particulier les cantines scolaires ? Comment l’agriculture biologique a pu transformer et transforme la vie des agriculteurs, producteurs, consommateurs, élu ?

Pour répondre à ces questions, le magasin bio Le Retour à la Terre (Biocoop) et Écocampus vous convient à une soirée sur le thème de l’agriculture biologique le mercredi 15 janvier à 20h, en Amphi Rataud à l’ENS (45 rue d’Ulm, Paris Ve).

La soirée débutera par la projection du documentaire La Face Bio de la République, de Thierry Derocle, qui va à la rencontre des acteurs locaux de la filière bio, du producteur au consommateur, en passant par le commerçant, les enfants dans les cantines ou encore les élus.

La soirée se pouvsuivra par un débat en présence de :
- Nathalie Zanato, du collectif Fermes Bio d’Île de France, qui fédère des agriculteurs cultivant en bio dans le but de proposer des produits à destination en aprticulier de la restauration collective.
- Patrick Boumard, agriculteur dans les Yvelines et impliqué dans plusieurs AMAP parisiennes, dont celle de l’ENS.

Nous vous espérons nombreux,
L’équipe d’Écocampus

Informations pratiques :

- Date : le mercredi 15 janvier à 20h
- Lieu : Amphi rataud, École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, Paris Ve
- Entrée libre, le débat sera suivi d’un buffet offert par l’association.

Voir aussi : http://leretouralaterre.fr/accueil/actualites/2014/01/08/mercredi-151-a-20h-projection-debat-la-face-bio-de-la-republique/

Compte-rendu de l’intervention

Question d’un membre du public : quelle est la situation de l’agriculture bio en Île-de-France ?

Patrick Boumard
Il existe déjà des outils en IdF, comme les SAFER (Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural), pour aider les personnes qui souhaitent s’installer en milieu rural. Il existe aussi des associations (comme Terre de lien, par exemple) qui agissent pour que les terres ne disparaissent pas (l’association Terre de Lien propose aux membres de l’association de cotiser pour acheter des terres agricoles). Le problème aujourd’hui est qu’il n’y a que 500 000 agriculteurs en France, et que le prix prix de la terre et du matériel est très élevé. Un jeune agriculteur ne peut pas s’installer : quand des terres se libèrent, elles vont agrandir des exploitations déjà existantes, en agriculture conventionnelle, quasi-industrielle. Tout est une histoire d’argent. La balle est dans le camp du politique.

Catherine Chalom
La balle est dans le camp du citoyen aussi (par exemple, dans le cas du chantier F1, ou alors pour Notre-Dame-des-Landes, il y a eu une énorme mobilisation). Prenons l’exemple des AMAPs (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) : il s’agit d’un geste citoyen de soutien à l’agriculteur (soutien de l’agriculture bio, assurance pour l’agriculteur d’avoir des clients toute l’année, malgré les aléas de la production, etc.).

Terre de Lien est aussi un geste citoyen : investissement (100€ minimum) dans l’achat de terre, de fermes (bâtiments très chers, en plus de la terre). Si le groupe d’agriculteurs est propriétaire de la terre et du matériel, chacun peut profiter des infrastructures sans avoir à supporter les frais de l’ensemble, et des activités complémentaires peuvent de développer (par exemple agriculture céréalière, élevage, boulangerie...).

La régie municipale est aussi une très bonne idée pour aider à l’installation d’agriculteur. Il existe plein de mairies qui ont des terrains inexploités, et les agriculteurs ont besoin de terrains de taille plus ou moins importante selon leur(s) activité(s) (maraîchage : 3 ha minimum selon Patrick Boumard). Pour la mairie, l’aide à l’installation d’agriculteurs, même sur des terrains de petite taille, est intéressante car permet de faire revivre une agriculture locale, sans les surcoûts cachés dans les impôts dus à l’impact sur l’environnement des produits conventionnels

Réflexion d’un membre du public
Dans ce film, on voit des gens heureux, mais surtout derrière il y a mise en place de nouvelles organisations coopératives et c’est formidable. D’autre part, on est sorti du système dans lequel les fils d’agriculteurs deviennent agriculteurs. L’agriculture semble devenir un métier comme un autre, les gens ne sont pas obligés d’être propriétaires, les formes de vie sont plus agréables, résistance à l’individualisme.

Réflexion sur le lien politique-citoyen
On a souligné l’importance du politique, et celle du citoyen : il faut aussi souligner le lien entre les deux ! C’est le citoyen qui choisit le politique. Le film parle de liens tout le temps (entre l’homme et son environnement, entre l’agriculteur et la société...), mais le lien politique-citoyen est aussi important que les autres ! Autre remarque : tout a l’air évident dans le film, pourtant aujourd’hui l’agriculture biologique ne représente pas la majorité.

Une ombre au tableau
On n’entend pas les femmes dans le film ! On voit parfois des couples, parfois seulement l’homme, et on entend très peu de témoignage de femmes.

Nathalie Zanato
Souvent, une ferme bio c’est un projet de vie, dans lequel la femme est très impliquée, même si on ne l’entend pas, et dans lequel un homme ne s’engage pas sans le soutien de sa femme.

Réflexion sur l’isolement des agriculteurs bio

Catherine Chalom
J’ai rencontré un couple d’agriculteurs bio il y a 20 ans : ils ont exprimé leur solitude. Isolement technique, isolement des enfants qui sont les enfants de gens pas comme les autres, isolement parce qu’ils font des choses différentes des voisins en agriculture conventionnelle... C’est un engagement citoyen que de soutenir les personnes qui osent faire quelque chose (il faut s’engager dans les chambres de commerce, en politique, dans les écoles...). Il est vraiment important de donner un feedback aux agriculteurs quand on mange bio : un retour sur la qualité des produits, etc., pour encourager les agriculteurs à continuer.

Réponse dans le public : on retombe sur le rôle du politique.

Patrick Boumard
Je travaille depuis 10 ans dans le maraîchage, il y a dix anx je passais pour un doux rêveur (à la fois pour avoir choisi de cultiver des légumes, et à la fois pour le bio). Il y a trois ans : certification agriculture biologique. Aujourd’hui, le discours a changé, des agriculteurs viennent me voir pour demander des conseils, se demandent pourquoi les légumes poussent mieux que chez eux... Les voisins agriculteurs sont aussi les clients de la vente directe de légumes, et font un effort pour éviter de toucher les cultures de légumes lorsqu’ils traitent leur champs voisins.

Question d’un candidat EELV à la mairie du 5ème
Souligne comme les gens ont l’air heureux dans le film. Futur candidat aux municipales, j’ai plein d’idées au niveau national, au niveau régional aussi (gestion des terres, etc). mais que faire au niveau d’un arrondissement parisien ? Écoles, jardins partagés, maraîchage sur le toit... Que peut on faire en temps que maire du 5ème ?

Nathalie Zanato
Un premier pas serait l’introduction des produits bio locaux dans la restauration collective (par exemple, c’est déjà le cas dans les mairies du 2ème et du 5ème). Il faudrait une volonté de la caisse des écoles pour faire un appel d’offre pour des producteurs en agriculture biologique. Par exemple, on pourrait utiliser le réseau de la FNAB (Fédération Nationale pour l’Agriculture Biologique) pour aller dans ce sens là. Beaucoup de crèches sont alimentées en bio, et l’offre permettrait (sur certains produits) d’augmenter le nombre de restaurations collectives si les pouvoirs publics investissaient dans ce sens. Il y a une vraie nécessité de contractualiser avec les pouvoirs publics (par exemple pour les légumes de plein champ).

Catherine Chalom
Pour le pain aussi ! Il y a plein de producteurs de blé et des meuniers en IdF. Par ailleurs, une mairie pourrait aussi acheter des terrains pour permettre des maraîchages, etc., car la mairie de Paris est une grande propriétaire foncière (d’ailleurs la réflexion est déjà en cours sur des projets de ce genre). L’un des problèmes à Paris est qu’il y a plein de points de livraison différents de restauration collective. Une avancée serait de mettre en place un point de regroupement central pour les livraisons de produits bio, à partir duquel les produits bio seraient redistribués dans la ville, pour éviter aux agriculteurs les livraisons multiples.

Réaction du public
Un maire d’arrondissement doit pouvoir travailler sur les activités péri-scolaires : participation à des activités pour mener les enfants sur le chemin de l’adéquation offre-demande. Aujourd’hui, l’offre pourrait être beaucoup plus importante, il est possible d’éduquer les goûts des enfants, et ceux des parents aussi.

Question d’un membre du public : comment changer d’échelle ?
Dans ce film, on a l’impression que beaucoup de gens font du bio mais que l’agriculture biologique ne représente pourtant que quelques pourcents de la production : quels sont les verrous techniques, politiques, etc., qui empêchent la production biologique de passer à un pourcentage à deux chiffres ?

Patrick Boumard
Il existe un problème de formation au niveau des écoles d’agriculture : le bio n’est pas abordé dans les écoles, on apprend seulement à produire plus et moins cher, la qualité n’est pas vraiment prise en compte. Il faut faire bouger ça dans les écoles. De même pour le côté commercial : l’agriculteur n’apprend jamais à vendre son produit, et se retrouve du coup dépendant d’une coopérative qui contrôle les prix, les marges, et la part qui revient à l’agriculteur. Les agriculteurs doivent se réapproprier la vente.

Catherine Chalom
D’autant plus que les coopératives fournissent aussi les pesticides, le système est donc bien verrouillé.

Nathalie Zanato
Dans le film, un agriculteur propose qu’on pourrait arriver à du bio à deux vitesses : il y aurait d’une part des structures avec des petites surfaces et une gamme diversifiée, et d’autre part des monocultures biologiques pour mettre des volumes plus conséquents sur le marché. Qui dit volume plus importants dit consommateurs engagés, nécessité de baisse du prix, tout en gardant un juste prix. Les outils utilisés doivent être aux mains des producteurs, pour qu’ils soient quand même bien payés et qu’ils maîtrisent leur circuit de production. C’est le rôle de la FNAB.

Catherine Chalom
Il existe aussi un problème de logistique. Les producteurs doivent s’organiser pour ne pas être tributaires d’un maillon de la chaîne (par exemple, les producteur de lait ne devraient pas dépendre de l’usine de Tétrapack, qui peut du jour au lendemain décider de ne plus empaqueter de lait sous l’étiquette bio).

Question du public : mais dans une coopérative, les agriculteurs ont leur mot à dire, quand même, non ?
Patrick Boumard
Oui mais en fait la coopérative grossit, au début il n’y que quelques agriculteurs, et puis ça monte jusqu’à plus de mille salariés. Au fur et à mesure, avec les obligations de rendement, etc., des salariés vendent à la place des agriculteurs. La coopérative devient une usine, les agriculteurs ne vont pas aux assemblées générales parce qu’il y a beaucoup trop de monde, la tâche des agriculteurs est réduite à la production, tout le reste est assuré par des salariés, etc...

Une réflexion lyrique du candidat aux municipales
Les cantines bio ça fonctionne, par exemple dans le 2ème arrondissement : il y a du bio dans les assiettes des enfants, mais aussi éducation au goût, sensibilisation etc...

Autre point : on ne se contente pas de réfléchir à la mutation de l’agriculture, mais aussi les modes de consommation, les circuits courts, l’économie, le social... Ce film propose une utopie globale qui prend forme et qui voit le jour, c’est un message d’espoir. Il existe encore des grands projets à la con (Notre-Dame-des-Landes, le campus de Saclay, Europa City...), mais le combat continue, il ne faut pas rater les municipales, puis les européennes, les pétitions...

Le mot de la fin
Patrick Boumard
Mangez bio !

Nathalie Zanato
Merci de cet échange qui aide à persévérer !

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